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ETAT DES LIEUX EN FRANCE EN 1996
Docteur Christophe DUVAUX
Directeur Exécutif
Conseil National de l'Ordre des Médecins
Il n'est pas inutile, lors d'une présentation sur la télémédecine de faire quelques rappels sur la définition de ce concept.
Le Docteur Jean-Pierre THIERRY, dans son rapport auprès du Ministère de l'Industrie, avait fait état de trois types de télémédecine qui me paraissent intéressant de rappeler. Le travail distinguait la télémédecine vraie où le médecin est éloigné de son patient, la télémédecine d'expertise entre médecins de compétences distinctives et enfin, la télémédecine de réseaux de soins.
La multiplicité des applications et des services rendus par les réseaux de communication ouvre aujourd'hui une large gamme de services médicaux plus ou moins innovants qu'il est convenu de classer en quatre segments :
- l'expertise médicale à distance ou téléexpertise,
- la surveillance à distance ou télésurveillance,
- la formation à distance ou téléformation
- le système d'information à vocation régionale voire nationale.
A l'heure actuelle, les enjeux affirmés des projets développés en France sont de quatre types :
- meilleure organisation de la prise en charge des patients avec maîtrise médicalisée de l'information,
- plus grande efficience médicale avec une rapidité accrue de la décision et sans doute une meilleure qualité,
- la limitation de nombre de transferts inutiles et de déplacement tant de patients que d'équipes médicales,
- une décentralisation réelle du savoir et une meilleure accessibilité quel que soit l'endroit où s'exprime le besoin en terme médical.
Ce dernier aspect fait que tous les projets de télémédecine ont un lien étroit avec la problématique de l'aménagement du territoire.
Les problèmes posés par ces projets, ou les réseaux existants, restent de nature technique mais aussi culturelle et sociologique, organisationnelle sans doute, déontologique de surcroît, et économique à l'évidence.
La situation en France se caractérise par l'absence d'une politique de développement et de régulation des projets de télémédecine. Cet aspect de la situation française devrait se corriger progressivement avec la mise en place du Comité d'études stratégiques sur la télémédecine. Elle a été surtout marquée, ces dix dernières années, par l'émergence de réseaux dits pilotes dans de nombreux domaines toujours caractérisés en premier lieu par la nécessité de prendre des décisions rapides. C'est pour cette raison que l'essentiel des réseaux existants se sont développés dans le cadre de l'urgence et plus particulièrement de l'urgence neurochirurgicale.
En guise de conclusion, je crois nécessaire de souligner que la télémédecine, telle que nous la concevons, est déjà une réalité médicale à travers l'usage d'outils aussi simples que le téléphone, la télécopie, la transmission du rythme cardiaque foetale et l'électrocardiogramme.
L'augmentation des débits de transmission, et les capacités de numérisation et de traitement de l'information au niveau des stations de type micro-ordinateur, permettent aujourd'hui un enrichissement important et une plus grande interactivité entre les médecins notamment à travers l'échange d'images.
Il n'est pas de doute que les médecins sauront utiliser cette nouvelle possibilité qui leur est donnée de mieux soigner leurs patients, eux dont les pratiques se sont trouvées bouleversées dans les dernières années par la révolution technologique de l'imagerie médicale.
L'absence de stratégie globale sur le développement de la télémédecine et le manque de management des différents projets sont sans doute inquiétants à un stade où les différents acteurs devraient se concerter, échanger afin de contrôler le développement d'outils à l'usage de tous et préalablement à l'usage de la santé des patients.
Il est clair, à ce titre, qu'un changement de mentalité des professionnels de santé et un meilleur management des réseaux de soins sont des facteurs clés de succès et des préalables nécessaires pour ne pas dire indispensables.