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ORDRE NATIONAL DES MEDECINS
Conseil National de l'Ordre


ASSEMBLEE GENERALE des Présidents et Secrétaires Généraux des Conseils Départementaux du 11 octobre 1997

DISCOURS du Pr. Bernard GLORION

Pendant la douloureuse période de l�occupation et tout particulièrement pendant les années 40-42 notre pays a vécu des une des périodes les plus sombres de son histoire.

La France, le pays des droits de l�homme, fière de sa devise républicaine illustrant la fraternité entre les hommes a sombré dans ce que Jacques Chirac a appelé le 16 juillet 1995 " ces heures noires de l�occupation qui souillent à jamais notre histoire et sont une injure à notre passé et à notre tradition ".

Certains de nos confrères désignés par le gouvernement qui siégeait à Vichy ont du participer à cette triste et honteuse opération de discrimination et d�exclusion à l�égard des médecins juifs ; certains ont accompli cette tâche par contraintes, quelques uns par idéologie ont fait le choix de cette insupportable adhésion.

La vérité historique nous oblige à reconnaître que des valeurs qui sont le fondement même de notre éthique et notre déontologie ont été bafoués.

Respecter l�autre dans sa dignité et sa liberté, lui porter assistance morale et le reconnaître comme un être identique à soi-même sont les valeurs essentielles qui constituent l�âme de notre profession.

Chers collègues, je n'ai pas attendu la parution d'articles récents mettant en cause le rôle de l'ordre sous l'occupation pour m'interroger sur le comportement que nous devions avoir à l'égard d'un passé historique qui pèse très lourd dans nos consciences et qui nous est sans cesse reproché. Mais dans le contexte de l'actualité récente, du procès Papon, des déclarations de l'Église Catholique, des avocats, de la Croix Rouge, des policiers, j'ai souhaité moi aussi prendre position devant vous, et je n'en doute pas, avec vous.

Ma démarche a pour but d�exprimer face à ce passé trois sentiments :

Pour que l'histoire ne se renouvelle pas, pour que l'exclusion et la haine soient bannies dans les prochains siècles : nous devons aux plus jeunes, à ceux qui n'ont pas connu ces heures sombres de l'occupation, transparence et vérité. Je fais donc dès aujourd'hui écho aux demandes du premier ministre et à un courrier daté d'avant hier de Bernard Kouchner pour que l'ensemble de nos archives nationales et départementales soit ouvert aux chercheurs afin de faciliter la recherche historique.

 

Je souhaite aussi que dans ce souci d'une vérité historique et incontestable soit rappelé sans cesse avec force que l'Institution qui avait été chargée par l�Etat d'appliquer ces lois, a été dissoute dès la Libération et remplacée dès 1945 par l'ordre des Médecins. Cette institution que nous représentons aujourd'hui, a toujours inscrit ses décisions dans le respect absolu des droits de l'homme. Son action est guidée par des règles professionnelles qui, en conformité avec la loi de notre pays, rappelle sans cesse à travers le respect de la personne humaine, sa dignité, son autonomie, et sa liberté.

Tout autant que beaucoup de français, beaucoup de professions ou de groupes, qui ont connu l'histoire sombre de l'occupation, nous ne voulons pas refuser la vérité historique, ni l'occulter. Il nous appartient aujourd'hui avec tous ceux qui se sont exprimés, de rappeler au nom de la communauté médicale, à tous ceux qui nous succéderont que notre devoir, leur devoir sera de ne jamais céder à la tentation de l'exclusion, de ne jamais accepter, même par le silence la discrimination et le rejet à l'égard de telle ou telle communauté. Voilà ce que nous souhaitons transmettre aujourd'hui. Sentiment de regret, souci de vérité, devoir de mémoire. Notre témoignage, notre prise de position d'aujourd'hui ne lave pas le passé des fautes qui ont été commises, il nous oblige à nous souvenir et à veiller à ce qu�à l�avenir nous ne connaissions plus jamais de pareilles drames.